Quand Peter Jackson fait honneur à King Kong

Nous avons été voir King Kong de Peter Jackson. Autant dire qu'il n'y a pas à hésiter avant d'aller voir ce nouveau long-métrage du talentueux réalisateur néo-zélandais révélé au grand public par l'adaptation de la trilogie du Seigneur des Anneaux de Tolkien.
Jackson prétend avoir réellement commencé son film à l'âge de huit ans après avoir vu la première version de King Kong datant de 1933 (voir article http://www.actu-tv.net/article-1169163.html); on sent effectivement qu'il a fortement été marqué par cette première version tant son film colle au scénario original, scénario génial et complètement hallucinant : l'île du crâne ("skull island") est ici prétexte à tous les délires scénaristiques déjantés et burlesques où King Kong combat des tyrannosaures et où les diplodocus sont pourchassés par des vélociraptors pour finir enchevêtrer les uns sur les autres après une dégringolade dans une étroite gorge montagneuse. Il s'agit bien entendu de prendre tout cela au second degré et se laisser transporter par la puissance du rendu cinématographique qui atteint là un niveau rare à renforts d'effets spéciaux bien rendus et qui s'intègrent parfaitement au film. La scène où l'équipage débarque sur Skull Island et font la connaissance des indigènes est particulièrement mémorable et n'est pas sans rappeler le début de Braindead, toujours de Peter Jackson, comme quoi les références cinématographiques ne s'inventent pas, et on croit volontiers Jackson lorsqu'il dit que King Kong a fortement contribué à l'amener au cinéma.
Comment parler de ce film d'une durée de trois heures sans s'étendre de manière presque interminable tant les scènes intéressantes sont nombreuses : en vrac, il y a la mythique offrande de la belle Ann (incarnée ici par Naomi Watts) par les indigènes au "roi Kong" qu'il semblent redouter par-dessus tout, son approche les mettant dans un état de transe provoqué par la peur; il y a aussi cette scène incroyable où les hommes à la recherche d'Ann qui a été capturée par Kong se retrouvent expédiés au fin fond d'une crevasse par ce dernier et sont attaqués par toutes sortes de créatures infâmes, cafards géants, "arraignées-scorpions" gluantes, sangsues géantes pourvues de dents d'Aliens capables d'avaler un homme…Il y a aussi bien sûr la scène de la capture, haletante, la présentation du gorille géante à New York, hallucinante et réaliste, et bien sûr la scène finale au sommet de l'Empire State Building que tout le monde connaît, émouvante et cultissime.
Car King Kong c'est avant tout une "histoire d'amour" entre un singe géant et une belle jeune femme, c'est le mythe de "La Belle et La Bête" revisité; c'est un singe pétri d'amour qui va aller à sa perte pour l'amour fou qu'il voue à celle qu'il défend quoiqu'il lui en coûte. Et c'est d'ailleurs pour cela que la Belle va énormément s'attacher à cette bête sauvage qui boxe et arrache les mâchoires des tyrannosaures mais sait aussi faire preuve d'une grande sensibilité et de tendresse. On les voit d'ailleurs tous deux s'amuser à Central Park sur un lac gelé comme deux amoureux à la patinoire… On se demande même si Ann Darrow n'en pince pas plus pour son singe que pour Jack Driscoll (Adrien Brody, "Le Pianiste" de Polansky) tant l' "histoire d'amour" entre Ann et Jack paraît finalement secondaire dans le film. Et pourtant, c'est bien King Kong qui au final tombe de l'Empire State Building, c'est bien King Kong qui meurt sous tant d'assauts de bêtise humaine… "La Belle a tué la Bête" dit Carl Denham (celui qui ramène Kong à New York pour en faire une "bête de cirque") à la fin du film; ou quand l'amour rend aveugle…
Bref, foncez voir le Kong de Jackson, un film qui plaira tout autant au public familial qu'à celui des cinéphiles avertis et exigeants, rare dans le monde du cinéma...